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Hongrie, Budapest /Les villes / Septembre radieux, été indien 

La gare est juste une énorme voute vitrée avec 4 ou 5 quais, pas plus, des barrières séparent les voyageurs de ceux qui les attendent mais sur le quais quelques personne ont des passes-droits, taxi ou chambre d'hôtes. Je viens de passer toute la journée à traverser l'Autriche où même les tas de fumiers sentent la vanille. En fait je n'en sais rien puisque le train était climatisé. C'est un train autrichien, qui parle allemand au sortir de Munich, puis autrichien et à la fin un truc bizarre, un mélange chantant de « r » roulé et de « ch », du hongrois.

L. me pointe un certain nombre de lieux sur une photocopie de plan un peu floue. Parce que j'en ai ramené un qui date de l'époque soviétique, les rues ont repris leur nom, et si je me perd et montre la carte à un passant, c'est probable qu'il refuse de m'indiquer la rue Lénine.

Je suis obligé de suivre le chemin le nez collé à la carte et malgré çà, pas moyen de trouver. A., artiste viennoise, compare Vienne à Budapest, et trouve que ce ne sont que des années de restauration qui les différencient. Elle ne se perd pas dans Budapest, toutes les rues sont en boucles et la ramènent d'où elle vient, comme à Vienne. Sauf que tous les visiteurs s'y perdent, et je fais déplorablement partie de ceux là.

Comme Mme Tchatcher, je suis allé au halles centrales, au sous-sol, paraît-il qu'un canal rejoint le Danube par où était livré le poisson frais.

Je tourne en boucle, tombe sur une sorte de café en extérieur, et demande mon chemin en en buvant un. Ha! Maudit touriste qui font monter les prix! Bon, je repars, et finalement je tombe sur une description à peu près juste de ce que je cherche. Mais pas de marché aux puces, à la place, pleins de jeunes réunis déguisés en héros de dessin animées manga, c'est une réunion de Cos-play, à les voir et les entendre parler, on les croirai japonais. Finalement, la semaine suivante, c'est le vrai marché aux puces, je n'ai pas forcement trouvé pleins de choses, mais les gens étaient super contents, et c'est toujours un peu contagieux.

Je prend le métro le plus vieux du continent, au demeurant tout petit, presque pas sous-terrain. La communication entre les voies se fait par l'extérieur, céramique vernissée comme à Paris, mais blanche et verte, et mobilier en bois vernis. A toutes les stations, des contrôleurs plus efficaces que la poinçonneuse, font le pied de grue à côté de la machine.

Le Danube est moins large que le Rhin, mais plus que la Seine, et surtout plus énergique qu'à eux deux réunis. C'est sur que çà a dû dissuader plus d'un envahisseur. Je suis noyé dans la masse indifférente des touristes qui ne voient les choses qu'à travers l'écran de leur téléphone portable ou de leur appareil photo. Au moins, l'ancien viseur était-il inconfortable, maintenant plus besoin de regarder. Après cette journée de touriste effrénée, où tout est consommation, je suis épuisée, le dégout m'envahit.

Attirée par une collection de globes, j'entre dans une de ces petites boutiques, quelle surprise! Espace labyrinthique qui s'étend au sous sol, peinture hyper-réaliste de monceaux de détritus métalliques, collection de mobilier de musée le plus hétéroclite, toutes les époques, du banc de ferme peint avec les noms de chacun, au piano à queue vernis blanc, jusqu'à une cheminée de 14-18 avec un casque allemand comme motif, couverts en argent monogrammés, tabernacles.

Chapardé deux framboise quand j'ai réalisé que j'allais peut être me faire plomber le derrière par la mémé derrière le grillage. Je me suis crue en France, où il est communément admis que tous ce qui dépasse sur la route est à tous le monde....

Dans le sauna, pas trop chaud , mais quand même, une femme s'est enflammée en parlant politique, on y comprenais pas grand chose sauf qu'elle s'échauffait les esprits. Elle est sortie, en nous jetant un regard réprobateur. Bo. C'est agréable quand ça n'atteint pas!

L'écran de télé capture mon regard, des arméniens s'acharnent à soulever des poids que je soupçonne monstrueux vu la figure déconfite devant l'échec de n'avoir pu les soulever. C'est un défilé de gardiens de boîtes de nuit habillés en décathlon qui tentent leur chance. Gros plan sur leur visage avant de soulever l'altère. Défilé de colosses. Le seul a s'être concentré sans fixer la caméra de son regard bovin, a réussi l'exploit. Au lieu d'applaudissements, la voie suave pleine de promesse amoureuses, chantée par un abruti à chemise moulante et imberbe. D'ailleurs on ne sait qui est ce YOU, si çà pouvait être sa moto, son chien, ou son voisin qui fume sa clope en caleçon au balcon.

Ils soulèvent 175kg, que font-ils comme entrainement: monter des sacs de plâtres sur des échafaudages ou tracter des cabines d'ascenseurs pour trois personnes maximum.

En fait je m'aperçois que l'écran n'est pas au bon format et réduit l'image dans la largeur, tous doivent paraître plus trapus que dans la réalité.

La ville des amoureux, des gens se roulent des pelles a tout âge.

Elle m'explique combien gagne un hongrois moyen. Ex: une infirmière, qui s'occupe de 45 patients, est payée 80 000 Slotis par mois et paye 60 000 Slotis de loyer pour 50 m². Bien sur çà dépend du quartier. Elle est marié à un dentiste iranien d'Ispahan. Je me rappelle d'avoir traversé le Danube quelques jours plus tôt et d'avoir repensé au fleuve à sec d'Ispahan justement. Curieuse coïncidence. Et puis en dessinant les cheminées d'ici, j'ai repensé aux tours des vents de Yazd.

Elle me demande quelles sont les relations homme-femme en France. Je ne sais pas vraiment ce qu'il lui manque pour nous comprendre. Elle me demande si c'est vrai qu'après une conversation de 20 minutes, deux personnes peuvent faire l'amour. Elle est mariée depuis 7 ans, a côtoyé son futur époux deux ans avant. Pas question de céder à des pulsions sexuelles avant le mariage. Elle n'est pas comme çà.

Un couple est entré dans le café, la femme élégante, l'oreille collée au téléphone, l'homme, mal rasé, coupe sophistiquée, faussement décontracté mais il le fait bien. Salut des copains, rient fort puis s'installent. Cette fois-ci c'est lui qui est au portable. Maintenant chacun d'eux a raccroché, ils regardent la salle sans s'adresser la parole. Sauf quand une deuxième jeune femme, debout, entame la conversation. Leur solitude respective s'accorde mal.

Deux jeunes filles boivent un étrange breuvage, impossible de savoir ce que c'est, ni chaud ni froid, dans un liquide translucide, flottent entre deux eaux, des olives un peu plus grosse et plus rondes. Plus tard, j'apprends que c'est de la limonade maison avec des raisins frais.

Il n'y a pas de musique mais le murmure plus ou moins fort des clients. Comme des vagues, le son augmente ou diminue sans raison apparente. Un coup d'œil aux tourtereaux en déroutes: pareil, météo au beau fixe.

J'ai parlé devant un cagot de poivron avec un vieux monsieur, que j'ai d'abord interpellé par geste, n'étant pas convaincu qu'il parla anglais. Erreur, il avait fuit en 1956 la Hongrie et depuis 8 ans, est revenu dans sa terre natale. Il m'a un peu parlé de cette époque mais surtout de Toronto et de faire des kilomètres pour aller s'amuser à Montréal. Parce que c'est plus européen mais en 30 ans passé là-bas, la situation s'est renversée. Je lui ai parlé de politique contemporaine française et il m'a demandé ce qu'en pensaient mes frères et sœurs. La question l'indiffère, comme si passé un certain âge la politique perd de son importance.

Décidément, j'ai l'impression de passer côté de cette ville, faite de rendez-vous manqués.

J'ai marché entre des hlms, des petites maisons à un étage et des ruines gallo-romaines. Ah! Et l'autoroute à 4 étages de voitures.

Choix de la carte:

Budapest avait un drôle de goût. Je n'ai pas eu l'occasion de rencontrer ses habitants, mais ce n'est pas une règle, j'ai eu des échos totalement différents. J'ai oscillé entre une histoire chargée qui est celle du pays et malgré tout un peu différente du sort du reste du territoire, et une déambulation sans objectifs précis. J'ai choisi une carte de 1957, en référence aux évènements de l'année précédente. Une révolution dans le rideau de fer, mené par des jeunes, qui auront maintenu un mois un nouveau gouvernement, que les chars russes réduisirent en bouillie. Le symbole est le drapeau hongrois, perforé en son centre, pour enlever les symboles communistes. Au milieu de l'illusion capitaliste, des chaines de restauration américaines, des supermarchés autrichiens, il me semblait pertinent de mettre en avant cet épisode de leur histoire. Peut-être plus pour moi que pour eux, depuis il y a eu les révolutions arabes, « Los Indignados », une coïncidence?

L'architecture de la ville est splendide, j'ai porté une attention particulière aux motifs des façades. Le vocabulaires qui le compose est intimement lié, à mes yeux, à celui que l'on retrouve dans les arts textiles, du mobilier, des intérieurs, de la céramique. J'ai repris ces motifs, et appliqué sur la citée. J'ai plaqué le dessin technique de reproduction du motif sur les pâté de maison des collines de Buda et Obuda. Les espaces habitée sont couverts par des plans de motifs de broderie, les vides, parc ou autre, par des dentelles au crochet ou des fleurs.